J'ai rencontré Héléna sur une autre planète. Elle ne ressemblait à aucune des femmes que j'avais rencontrées dans le monde d'en bas. Pas plus d'ailleurs qu'elles ne ressemblait aux êtres qui habitaient son monde, où plus exactement ce qu'elle croyait être son monde. Elle ne savait pas, elle ne pouvait pas savoir, personne n'avait pris la peine de lui expliquer qu'elle venait de plus loin, d'un endroit d'où à l'ordinaire on ne revient pas. Trop de choses à raconter. Elle était pieds nus, avait des cheveux rouges et des yeux que l'on devinait battues par d'anciennes et cruelles tempêtes. Elle s'exprimait dans un langage étrange, mi chanté, mi crié. On ne savait pas si elle voulait vous injurier, vous cracher au visage où si elle riait, vous offrait sa bouche. Je lui ai tendu la main, large, ouverte. Elle était propre, ma main et mes ongles courts. Elle l'a regardée longuement puis elle à haussé les épaules et son regard s'est détourné de moi. Comme je restais immobile elle m'a fait un signe de la tête que j'ai interprété pour un définitif refus de je ne sais quoi. Je ne comprenais pas puisque je ne lui avais rien demandé. Enfin pas encore. Je savais seulement que j'aurais pu, que j'aurais du, que je pouvais l'aimer, mais que cela n'allait pas de soi. En fait c'était une entreprise quasi désespérée. La planète où vivait Héléna était peuplé d'interdits, de non dits, d'idées reçues ou refusées, de robots sophistiqués mais aussi d'hommes tout juste sortis de l'état que l'on qualifie dans les livres de sauvage. Je me demandais ce que je foutais là, j'avais envie de me casser comme l'on dit, mais elle était là, plantée au bout du chemin avec ses grands yeux qui n'avaient plus de larmes à verser et son coeur qui battait si fort que je l'entendais. Je l'entends encore. Alors en rentrant chez moi comme un jeune con déconfit je me suis dit qu'il se trouverait bien quelqu'un pour écrire la suite de cette histoire et j'ai avalé un bourbon d'un trait. C'était bon, il avait le goût de ses lèvres. Enfin, j'imagine.