La forêt de la Hart . Un certain mois de décembre. Il fait froid.Je sors de ma cagna à moitié endormi.
Abruti. Le jour se lève avec difficulté. Lui aussi! Quelque chose ne tourne pas rond. Suis je en train de rêver ? Personne autour de moi. Seulement, plus loin, dans une nappe de brouillard des
silhouettes d'homme. Ils courent le dos courbé et s'évanouissent entre les arbres. Je n'entends pas le bruit rassurant porté parfois par le vent des cloches de Bale mais seulement le bruit des
projectils, des mortiers qui déchirent la couche des nuages. Mes doigts se crispent sur mon FM. Qui va là ? Ma voix s'est étranglée. De la pénombre un homme vient de surgir, un galonné, c'est
la première fois que je le vois. Il n'appartient pas à ma Compagnie. Un regard rapide sur ma personne et il lache : suis moi. J'obéis. Cent mètres plus loin, il m'invite à prendre position, à
l'abri d'un fossé, côté droit d'un large chemin de terre. Puis il s'en va pressé apparamment après avoir lancé, en guise de consolation : Ne t'en fais pas, les renforts ne vont pas tarder. En
guise de renfort je vois arriver une traction-avant couverte de boue Des hommes en descendent., les "corps francs". Ils vont effectuer une mission à coup sur périlleuse, puis retourneront se
refaire une santé, à l'arrière, c'est à dire à trois ou quatre kilomètres de la ligne, du front. Je suis allongé sur le ventre en postion de tir. Devant moi, à environ deux cent mètres le
chemin de terre, du moins ce que je peux en voir s'achève sur une bosse. Et derrière ?
Une rafale, me dis je, s'ils arrivent je vide mon chargeur et je détale. Je dois me rendre à l'évidence j'ai la trouille. Pour rien . Je ne verrais pas l'ennemi mais une ou deux heures plus tard, les hommes de ma section. Ils se foutront de moi. Mais qu'est ce que tu faisais là, on avait l'ordre de se replier.
Je ne sais pas ce que les Corps francs sont devenus. Mon admiration pour eux est restée intacte. Ce jour làj'ai compris que n'avais pas l'âme d'un héros. J'étais comme beaucoup...
Derniers Commentaires