Le lendemain, au soir, ils se retrouvèrent chez eux. Chez nous avait pensé la toubab, chez nous avait pensé Shima et son cœur s'était mis à battre.
Lorsque Étendu sur son lit il l'appela doucement, elle trouva cela tout naturel. Elle fit glisser ses vêtements et s'allongea à ses côtés. Il prit sa main dans la sienne, la serra doucement et murmura: - Pas ici, pas comme les autres. Une idée lui était venue. Au petit matin, il l'amena sur la plage. En face d'eux, à quelques centaines de mètres, l'île de Ngor.
-Te sens- tu capable, d'aller jusque là bas, en nageant. - Je le suis, dit-elle sans hésiter. - Alors nous irons, et là bas tu deviendras, si tu le veux, ma femme. -Je le veux.
Le toubab ne devait pas atteindre le rivage de l'île. Shima avait bien tenté de le secourir. En vain, épuisé, il avait coulé à pic. Les piroguiers alertés ne purent même pas retrouver son corps. Le vent s'était levé. Les villageois étaient de plus en plus nombreux sur la plage. Ils regardaient mais il n’y avait rien à voir. Plus rien que le soleil qui scintillait à la crête des vagues.
Shima se rendit à la gendarmerie. Elle donna l'adresse du toubab qu'elle avait trouvée au dos d'une enveloppe. On lui dit que l'ambassade de France allait être prévenue. - Qu'est -ce que je dois faire de ses affaires, demanda-t-elle. Le planton haussa les épaules. Il ne savait pas. En sortant de la gendarmerie Shima consentit à pleurer. Elle aussi ne savait pas. Elle ne savait plus. Il lui restait toute la vie. Pourquoi faire.
Epilogue :
Des années ont passé, languissantes, dures, des années blanches avec le soleil toujours, parfois caché sous les nuages, avec le vent, mêlé de pluie lorsque vient l'hivernage. Il est 5 heures dans le soir. Shima, comme hier, comme demain, est assise en tailleur sur la plage, avec son regard perdu sur l'océan qui avance et recule, indifférent à sa prière muette, qui hait ou qui pardonne. C'est selon. L'océan n'a jamais rendu le corps du toubab. La taille de Shima s'est épaissie, son regard s'est troublé sous des paupières alourdies, ses dents sont moins rieuses, les battements de son cœur plus sourds, mais son âme demeure toujours aussi légère, mystérieuse, inaccessible au passant Shima n'a guère d'amis dans le village, d'ennemis non plus. Seuls les enfants lui sourient qu'elle aime regarder à la sortie de l'école. Elle vit de très peu, une mangue, un poisson, une poignée de riz. Elle vit oubliée en attendant un signe de l'océan et ses doigts caressent souvent le voile blanc qu'elle portera le jour de ses noces et qui pour l'instant repose, patiemment, enveloppé dans du papier d'argent..
Shima, la petite bonne
ed : Manuscrit.com
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