Bavarde

Publié le par MOTS DU SABLE

Elle parlait trop, aussi les mots se bousculaient ils à la sortie de ses lèvres, se chamaillaient devant ses sourires. Ils emplissaient mes silences, m'interdisaient d'appréhender comme j'aimais le faire les bruits de la nature, rendaient insaisissables à mes oreilles les chants des gardiens de la nuit, grillons et autres grenouilles. Elle parlait trop, c'était un flot ininterrompu de phrases, de sylabes, de lettres enchevétrées, d'onomatopées. Je ne l'entendais plus ou trop et ne lui répondais pas, en aurais je eu le temps. Elle m'en voulait pour cela.

La vie allait ainsi jusqu'au jour où inopinément, elle se tut. Je fus alors comme anesthésié, aspiré, plongé dans un puits vertigineux où rêgnait un silence de cathédrale. Où es tu, hurlais je, m'entends tu, et l'écho me renvoya une voix grimacante qui rebondissait de pierre en pierre.

Je suis là, répondit-elle doucement et elle recommença à parler. Déjà je ne l'écoutais plus. Ainsi va la vie.

A bien y réflêchir je crois qu'elle ne s'était jamais arrêté de parler. Je m'étais tout simplement endormi, enveloppé, submergé mais aussi bercé par une vague de paroles. Ainsi va la vie.

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Publié dans Le mot en promenade

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